01. Pourquoi la veille juridique pour un SISR ?
Responsabilité légale
Un technicien SISR configure des systèmes qui traitent des données personnelles. Une mauvaise configuration peut engager sa responsabilité pénale et celle de son employeur.
Conformité réglementaire
RGPD, NIS2, LPM... Les obligations légales pour les organisations gérant des SI sont nombreuses et croissantes. Les techniciens SISR sont en première ligne pour les mettre en oeuvre.
Exigences professionnelles
Les recruteurs attendent des techniciens qu'ils connaissent les bases légales : licences logicielles, obligations de signalement des incidents, SLA, et clauses contractuelles.
02. Le RGPD — Règlement Général sur la Protection des Données
Règlement (UE) 2016/679 — Applicable depuis le 25 mai 2018
Les 6 principes fondamentaux (Art. 5 RGPD)
Licéité, loyauté, transparence
Le traitement doit avoir une base légale valide (consentement, contrat, obligation légale, intérêt vital, mission d'intérêt public, intérêt légitime). La personne doit être informée clairement.
Limitation des finalités
Les données collectées ne peuvent être utilisées que pour les finalités explicitement définies au moment de la collecte. Tout nouveau traitement incompatible est interdit sans nouveau consentement.
Minimisation des données
Seules les données strictement nécessaires à la finalité déclarée doivent être collectées. Le principe de "privacy by design" impose de penser la minimisation dès la conception du système.
Exactitude
Les données doivent être exactes et tenues à jour. Des procédures de mise à jour et de correction doivent exister. La personne a le droit de demander la rectification de ses données inexactes.
Limitation de conservation
Les données ne peuvent être conservées que le temps nécessaire à la finalité. Des durées de conservation doivent être définies et respectées. La purge automatique est une bonne pratique RGPD.
Intégrité & Confidentialité
Les données doivent être protégées contre tout accès non autorisé, perte ou destruction. Chiffrement, contrôle d'accès, journalisation, et sauvegardes sont les mesures techniques attendues.
Les droits des personnes concernées
Droit d'accès (Art. 15)
Obtenir une copie de toutes les données personnelles détenues, leurs finalités, destinataires et durée de conservation. Réponse obligatoire sous 1 mois.
Droit de rectification (Art. 16)
Corriger des données inexactes ou compléter des données incomplètes. Le responsable de traitement doit informer les tiers auxquels les données ont été transmises.
Droit à l'effacement (Art. 17)
Le "droit à l'oubli" : suppression des données lorsque le consentement est retiré, ou si les données ne sont plus nécessaires à la finalité initiale.
Droit à la portabilité (Art. 20)
Recevoir ses données dans un format structuré, couramment utilisé et lisible par machine (CSV, JSON). Permet le changement de service sans perdre ses données.
Droit d'opposition (Art. 21)
S'opposer au traitement de ses données pour des raisons tenant à sa situation particulière. Droit absolu contre le marketing direct, y compris le profilage.
Limitation du traitement (Art. 18)
Geler un traitement contesté sans pour autant supprimer les données. Les données peuvent être conservées mais leur utilisation est suspendue pendant la vérification.
Obligations des responsables de traitement
DPO — Délégué à la Protection des Données
Obligatoire pour : organismes publics, entreprises dont l'activité principale nécessite un suivi régulier et systématique à grande échelle, et celles traitant des données sensibles à grande échelle.
Le DPO informe, conseille et contrôle le respect du RGPD. Il est le point de contact de la CNIL. Il ne doit pas avoir de conflit d'intérêt avec ses autres fonctions.
Registre des traitements (Art. 30)
Document interne obligatoire listant tous les traitements de données personnelles. Contient : finalités, catégories de données, destinataires, transferts hors UE, durées de conservation.
Pour les collectivités comme le Département 66, ce registre peut contenir des centaines d'entrées : paie des agents, suivi des usagers, caméras de surveillance, applications métier...
AIPD — Analyse d'Impact (Art. 35)
Obligatoire pour les traitements susceptibles d'engendrer un risque élevé pour les droits et libertés des personnes : vidéosurveillance, données biométriques, profilage, données de santé.
L'AIPD analyse les risques et propose des mesures d'atténuation. Si le risque reste élevé après mesures, consultation préalable de la CNIL obligatoire avant lancement.
Notification des violations — 72h (Art. 33)
En cas de violation de données personnelles (piratage, perte de disque, accès non autorisé...), notification obligatoire à la CNIL dans les 72 heures après prise de connaissance.
Si la violation présente un risque élevé pour les personnes concernées, elles doivent également être informées directement dans les meilleurs délais.
Sanctions & La CNIL
Sanctions maximales
Pour les violations les plus graves (art. 83 §5) : principes fondamentaux, droits des personnes, transferts vers pays tiers. Les montants intermédiaires (10M€ / 2% CA) s'appliquent aux violations techniques.
La CNIL : exemples d'amendes récentes
- TikTok (2023) 5 M€
- Clearview AI 20 M€
- Doctissimo 380 K€
- Amazon France (cookies) 35 M€
La CNIL dispose de pouvoirs d'investigation, de mise en demeure et de sanction. Elle peut également prononcer des injonctions de mise en conformité sous astreinte.
03. Textes Fondamentaux du Droit Numérique Français
04. Droit du Logiciel — Licences & Propriété intellectuelle
Licences libres et open source
Obligation de redistribuer les modifications sous GPL. Partage à l'identique obligatoire. Incompatible avec la propriété commerciale.
Permet l'utilisation en bibliothèque dans des logiciels propriétaires. Les modifications de la bibliothèque elle-même restent LGPL.
Licence ultra-permissive : utilisation, modification, distribution libre, y compris dans des produits commerciaux. Seule obligation : conserver le copyright.
Permissive comme MIT mais inclut une protection contre les litiges de brevets. Idéale pour les entreprises qui veulent contribuer sans risque de poursuites.
Propriété intellectuelle du code
- Protection automatique dès la création (Code de la Propriété Intellectuelle, Art. L111-1). Pas de dépôt nécessaire.
- Durée : 70 ans après décès de l'auteur (droits patrimoniaux). Les droits moraux sont perpétuels et inaliénables.
- En entreprise : le code produit dans le cadre du travail appartient à l'employeur (art. L113-9 CPI).
- Open source ≠ gratuit : un logiciel open source peut être payant. La licence définit les droits d'usage, pas le prix.
Cas pratique : Medulla (DSI Département 66)
La DSI utilise Medulla, un outil de gestion de parc informatique distribué sous licence GPL v2. Implications concrètes :
- Usage interne gratuit et légal
- Modifications autorisées pour les besoins internes
- Si redistribution externe des modifications : obligation GPL
- Communauté active, support GPEC interne possible
05. Droit des Contrats Informatiques
SLA — Service Level Agreement
Contrat de niveau de service définissant les engagements de qualité et de disponibilité d'un prestataire informatique. Fondamental dans les contrats cloud, hébergement, réseau et support.
- Disponibilité (Uptime)99.9% = 8h/an de coupure max
- Temps de réponseGTI : 4h, GTR : 8h
- PerformanceLatence, débit, IOPS
- PénalitésAvoir financier ou résiliation
TMA — Tierce Maintenance Applicative
Contrat par lequel un prestataire externe prend en charge la maintenance d'applications développées en interne ou par un tiers. Fréquent dans les collectivités.
- Corrective : correction des bugs et anomalies détectés en production
- Évolutive : nouvelles fonctionnalités selon les besoins métier
- Adaptive : adaptation aux changements d'environnement (OS, BD, réglementaires)
PCA / PRA — Continuité et Reprise
Pour les collectivités, les OIV et les entités NIS2, la mise en place d'un Plan de Continuité d'Activité (PCA) et d'un Plan de Reprise d'Activité (PRA) est une obligation légale ou contractuelle forte.
Durée max d'interruption acceptable
Perte de données maximale acceptable
Contrat de prestation informatique
Les clauses essentielles à vérifier avant tout contrat informatique :
- Propriété du code et des données à la fin du contrat
- Clause de confidentialité et NDA (Non-Disclosure Agreement)
- Responsabilité en cas de violation de données (RGPD)
- Clause de réversibilité et portabilité des données
- Sous-traitance et traitement de données (DPA RGPD)
06. Cas Concrets — Incidents & Jurisprudence
CH Corbeil-Essonnes — Ransomware
Août 2022Le Centre Hospitalier de Corbeil-Essonnes a été victime d'une cyberattaque par le groupe LOCKBIT 3.0. La rançon de 10M$ n'a pas été payée, résultant en la publication de données médicales de patients sur le dark web.
Enseignements juridiques :
- Obligation RGPD : notification CNIL dans les 72h (respectée)
- Données de santé = données sensibles RGPD (protection renforcée)
- Hébergement HDS obligatoire pour les données de santé
- Plainte pénale obligatoire (Art. 323 Code Pénal)
Leçon SISR : les sauvegardes offline et la segmentation réseau auraient limité l'impact de cette attaque.
Clearview AI — Amende CNIL 20 M€
Octobre 2022L'entreprise américaine Clearview AI scrape des milliards de photos depuis les réseaux sociaux pour alimenter sa base de données de reconnaissance faciale vendue aux forces de l'ordre. La CNIL a prononcé une amende maximale de 20 M€.
Violations constatées :
- Traitement sans base légale valide (pas de consentement)
- Non-respect du droit à l'effacement (réponses non données)
- Données biométriques = données sensibles (protection spéciale RGPD)
- Transferts illicites hors UE vers les USA
Portée extraterritoriale du RGPD : Clearview n'a pas de siège en France mais traite des données de résidents français.
Active Directory & Sécurisation DSI
Recommandations ANSSILa quasi-totalité des grandes cyberattaques contre les collectivités françaises (Vincennes, Caen, La Rochelle...) ont exploité des failles dans l'Active Directory. L'ANSSI a publié des recommandations spécifiques (CERT-FR-2023-AVI-AD).
- Tiering AD : séparer admin de domaine des comptes métier
- Dépréciation NTLM, désactivation SMBv1
- Journalisation avancée (4688, 4625, 4648, 4776...)
- GPO de sécurité selon guides ANSSI
Données de santé COVID & Certification HDS
2020-2022La pandémie a mis en lumière les enjeux juridiques de l'hébergement des données de santé. La certification HDS (Hébergeur de Données de Santé) est obligatoire pour tout hébergeur de données personnelles de santé en France.
- Certification HDS délivrée par des organismes accrédités COFRAC
- Données de santé doivent rester sur le territoire français/européen
- Violation HDS : CNIL + AMF + sanctions pénales potentielles
07. Sources Juridiques de Référence
Légifrance
legifrance.gouv.fr
Textes officiels français
CNIL
cnil.fr
Guides RGPD, délibérations
ANSSI
anssi.gouv.fr
Guides techniques, alertes
EUR-Lex
eur-lex.europa.eu
Droit de l'UE, RGPD, NIS2
Dalloz
dalloz.fr
Doctrine, jurisprudence
Journal du Net Droit
journaldunet.com
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